Le 22 Janvier 1963 le Général De Gaulle et le Chancelier
Konrad Adenauer signèrent un traité d'amitié franco-allemande dit « traité
de l’Elysée ». Ce document fixait le cadre d’une coopération bilatérale
avec le double objectif d’enterrer d’une part la hache de guerre à l’issue
d’une période de soixante-dix ans marquée par trois conflits dont deux
mondiaux, et d’autre part la volonté gaulliste d’en faire le moteur du bloc
européen. Cette volonté politique s’inscrivait au sein d’une structure
économique préexistante, la Communauté européenne du charbon et de l’acier
(CECA) crée en 1951, remplacée par la CEE en 1957.
Dans la foulée du traité de l’Elysée, fut institué en 1963
l’Office franco-allemand pour la Jeunesse. René Peyre, alors chargé de mission
au sein du cabinet du ministre des PTT Jacques Marette, organisa à partir de
1964 des rencontres de fils et filles de postiers français et allemands dont
René Duclos repris le flambeau en 2009 à la tête de l’Association Nationale des PTT Anciens Combattants et Victimes de Guerre.
Le couple franco-allemand semble aujourd’hui tenir le coup,
malgré quelques vicissitudes et le poids toujours plus grand d’un pays devenu
en 2023 la troisième puissance économique mondiale. Sous l’influence des deux
partenaires, l’Europe s’est agrandie et confortée à travers la création du
Conseil européen en 1975, de l’élection du Parlement européen au suffrage
universel direct en 1979 ou encore la signature du traité de Maastricht (1992)
et la mise en circulation d’une monnaie unique, l’euro, en 2002. L’image forte
du geste de Verdun le 22 septembre 1984 entre François Mitterrand et Helmut
Kohl reste dans les mémoires.
On a pu craindre qu’une marche à pas forcés de la
réconciliation franco-allemande suscite une lecture aseptisée du passé s’exerçant
au détriment du devoir de mémoire. Le fort engagement de Madame Simone Veil
pour la construction européenne et le discours historique de Jacques Chirac
prononcé en 1995 lors des cérémonies commémorant la
grande rafle du Vel’ d’Hiv’ des 16 et 17 juillet 1942 dissipent cette
inquiétude. Par ailleurs René Peyre artisan du rapprochement entre les deux
pays fut un des premiers à monter au créneau, lorsqu’à la tête de l’UFAC il
s’opposa à la volonté du Président Giscard d’Estaing de ne plus célébrer l'anniversaire
de la fin de la Seconde Guerre mondiale au profit d’une journée de l’Europe du
9 Mai.
Pour ma part, je fus l’humble témoin de la persistance de
cette bilatéralité. J’ai effectué ma carrière au sein de l’opérateur historique
des Télécommunications. Fin des années 90, début des années 2000, le secteur
était alors en pleine effervescence entre bulle spéculative boursière,
stratégies d’alliances et création d’un régulateur (ARCEP). Je fus intégré au
sein d’une équipe projet de refonte du système informatique descriptif et
productif des réseaux de transmission français. Ce vaste projet imposait avant
tout choix d’une application unique, le préalable de la création d’un langage commun,
et de la fiabilisation des données utilisées par les diverses applications régionales
existantes. Ce travail effectué, vint le choix du produit final. Deux
candidats s’opposaient. Une base de données hexagonale bien adaptée à la
complexité de notre réseau alors – une fois n’est pas coutume ! - supérieur
au réseau allemand. Et une application d’Outre Rhin inadaptée. A l’époque couraient des
rumeurs de stratégies d’alliance avec Deutsch Telecom. Et contre toute attente
l'option politique prévalut sur l'alternative technique. Salarié d’une entreprise
autrefois « simple Direction Générale » du Ministère des P.T.T, je
saluai, admiratif, dans cette décision, l’ombre portée de mon père, initiateur
au sein de cette administration de la réconciliation franco-allemande.
Jean-Louis Peyre, retraité Orange.
Sources :
Le traité d'amitié franco-allemand – Wikipédia
La Communauté économique européenne – Jules Lastennet
Un anniversaire morose pour le couple franco-allemand –
Le Monde Diplomatique - Anne-Cécile Robert
Biographie : Simone Veil, fervente avocate de la
construction européenne – revue Toute l’Europe, comprendre l’Europe
Cahiers d’Histoire, revue critique - La réconciliation franco-allemande :
crédibilité et exemplarité d’un « couple à toute
épreuve » ? - Valérie Rosoux
René Peyre a été président de l’UFAC entre 1969 et 1996 et
président de l’Association Nationale des PTT Anciens Combattants et Victimes de
Guerre entre 1972 et 2009.
Post-scriptum : une version courte de cet article est parue dans le bulletin d'avril 2024 de l'UFAC :
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