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mardi 26 janvier 2021

SAINT-EXUPERY

 

La presse du 8 avril 2004 dernier annonçait que des débris de l'avion P38 de SAINT-EXUPERY avaient été retrouvés au large de Marseille à une profondeur de 70 mètres.

Déjà des recherches s'étaient effectuées en 1998 après la découverte de la gourmette de SAINT-EXUPERY dans les filets d'un bateau de pêche. L'obstination de quelques personnes aurait donc percé le mystère de la disparition de SAINT-EXUPERY le 31 juillet 1944.

J'aurais préféré que ces recherches soient interrompues et que l'on ne connaisse jamais les circonstances de sa mort.

A t-il été victime d'un malaise, a t-il voulu quitter notre planète, a t-il été abattu par un avion allemand ?

Est-il nécessaire de le savoir ? Laissez-nous croire qu'il a rejoint le petit prince sur sa planète. Puisse la jeunesse retenir les messages de l'humaniste, du philosophe, du combattant, du témoin de la débâcle et de la résurrection qui écrivait dans « Pilote de guerre »: « Nous avons disposé de gerbes de blé pour vaincre des tanks. Et aujourd'hui l'anéantissement est consommé. Il n'est plus ni armée, ni réserves, ni liaisons, ni matériel ».

Après la défaite de 40, SAINT-EXUPERY s'est réfugié aux USA en attendant de pouvoir contribuer à la libération de la France.

Dans « Pilote de guerre », « Vol de nuit », « Courrier Sud », « Terre des hommes », SAINT-EXUPERY exprime ses souvenirs, les sentiments qu'il éprouve à bord de son avion quand il risque sa vie au-dessus d'Arras en flamme, au-dessus des Pyrénées ou des Andes, quand il contemple les lumières qui brillent sur terre comme des étoiles et lui inspirent cette réflexion : « parmi ces étoiles vivantes, combien de fenêtres fermées, combien d'étoiles éteintes, combien d'hommes endormis ».

 En 1926, il entre dans la compagnie Latécoère à Toulouse dirigée par Didier DAURAT, contribue au développement de l'aéropostale, assure des vols entre Toulouse et Dakar, dirige le poste de cap Juby, contribue à la formation de la ligne d'Amérique du Sud et rédige « Vol de nuit » qui obtient le prix Femina en 1931.

Dans ce livre, le personnage principal. Rivière incarne Didier DAURAT. C'est un chef exigeant, qui impose aux pilotes, aux radios, aux mécaniciens, une rigueur qui les protège contre les dangers de leur métier et leur permet d'acheminer le courrier dans les délais prévus.

Malgré l’autorité de RIVIERE, « une silencieuse fraternité liait au fond d’eux-mêmes, Rivière et ses pilotes ».

Dans « Terre des hommes », grand prix du roman de l'Académie Française en 1939, sans doute son meilleur livre, SAINT-EXUPERY écrit : « l'homme se découvre quand il se mesure avec l'obstacle ».

C'est effectivement en luttant contre la tempête, le vent, la pluie, en survolant la mer, le désert, les montagnes que SAINT-E X et ses amis, GUILLAUMET, MERMOZ, NERI montrent leur volonté et leur courage.

 C'est MERMOZ, contraint d'atterrir dans les Andes, qui parvient pousser l'avion vers le précipice : « l'avion dans la chute prit enfin assez vitesse pour obéir de nouveau aux commandes ».

C'est GUILLAUMET contraint d'atterrir, lui aussi, sur les Andes qui marche plusieurs jours dans la neige et parvient à reprendre contact avec ses camarades.

C'est SAINT-EXUPERY, en panne avec PREVOST dans le désert de Lybie : « nous avons fait ce que nous avons pu : 60 kilomètres presque sans boire. Les mirages...j'ai levé les bras en criant mais cet homme qui gesticulait n'était qu'un rocher noir ».

SAINT-EXUPERY écrit dans « Terre des hommes » : « la grandeur d'un métier est peut-être, avant tout, d'unir des hommes : il n'est qu'un luxe véritable et c'est celui des relations humaines ».

C'est le sentiment que nous avons éprouvé dans les services de la Poste et de France Télécom.

Un pilote de son escadrille se souvient du caractère de SAINT-EXUPERY : « La simplicité de SAINT- EXUPERY était remarquable : il ne voulait pas qu'on le traitât comme un grand homme et que sa célébrité fut un obstacle entre lui et ses pilotes ; il voulait être vraiment l'un de nous et y mettait tout son cœur. Cela lui était d'ailleurs facile car il avait le talent d'être sociable ; il était impossible de s'ennuyer avec lui. Parfois il nous défiait aux échecs ou bien il nous faisait des tours de cartes : son habileté et sa finesse psychologique lui avaient permis d'acquérir, dans ce domaine, une maîtrise éblouissante ».

SAINT-EXUPERY, homme sensible, avait noué des liens d'amitié avec MERMOZ, GUILLAUMET, Jean PREVOST, KESSEL. Il écrit dans « Terre des hommes » : « si je cherche dans mes souvenirs ceux qui m'ont laissé un goût durable, si je fais le bilan des heures qui ont compté, à coup sûr je retrouve celles que nulle fortune ne m'eut procurée. On n'achète pas l'amitié d'un MERMOZ, d'un compagnon que les épreuves vécues ensemble ont liées pour toujours »

Quand SAINT-EXUPERY retrouve GUILLAUMET qu'il avait vainement recherché en avion, il éprouve une joie intense.

Il cite dans « Terre des hommes » cette réflexion de GUILLAUMET : «ce que j'ai fait, je le jure, jamais aucune bête ne l'aurait fait». Et SAINT-EXUPERY magnifie l'exploit de son ami : « sa grandeur, c'est de se sentir responsable. Responsable de lui, du courrier et des camarades qui espèrent. Il tient dans ses mains leur peine ou leur joie… Responsable un peu du destin des hommes dans la mesure de son travail. Être homme, c'est précisément être responsable ».

Le grand MERMOZ avait fréquenté DE LA ROCQUE mais SAINT-EXUPERY n'était pas engagé politiquement. Aussi pouvait-il écrire dans « Pilote de guerre » : «je combattrai quiconque prétendra asservir à un individu comme à une masse d'individus, la liberté de l'homme ».

Combien de Chefs d'Etats, combien d'hommes aujourd'hui se soucient du bonheur de leurs concitoyens, de leur liberté et de leur sécurité ?

Autre réflexion dans « Lettre à un otage » que l'on pourrait faire aujourd'hui : « respect de l'homme ! ... Si le respect de l'homme est fondé dans le cœur des hommes, les hommes finiront bien par fonder en retour le système social, politique ou économique qui consacrera ce respect ». Hélas, en l'an 2004 on ne peut pas écrire que le respect de l'homme s'impose dans le monde entier !

L'humanisme de SAINT-EXUPERY s'exprime fortement dans ce paragraphe de « Terre des hommes » : « Pourquoi nous haïr ? Nous sommes solidaires, emportés par la même planète, équipage d'un même navire. Et s'il est bon que des civilisations s'opposent pour favoriser des synthèses nouvelles il est monstrueux qu'elles s'entre-dévorent ».

Ce message n'est-il pas toujours d'actualité ?

Alors qu'il avait obtenu, non sans difficulté en raison de son âge, l'autorisation de reprendre du service, de piloter des avions modernes très rapides qui lui permettaient de survoler la France, SAINT- EXUPERY se sentait seul après la mort de ses meilleurs amis et parfois laissait percer sa mélancolie, sa tristesse et ses inquiétudes.

Quand il apprend en 1940 la mort de GUILLAUMET il souffre : GUILLAUMET est mort il me semble ce soir que je n'ai plus d'amis. Je suis le seul qui reste de l'équipe de Dakar. Je n'ai plus personne sur terre avec qui partager des souvenirs ».

« Si je suis descendu, écrit-il dans une lettre, je ne regretterai rien. La termitière future m'épouvante…. C’est miracle de piloter à 44 ans le plus rapide monoplace du monde. Je passe seul à bord et seul avion dès cinq heures à dix mille mètres. Cela ne me choque pas trop. Et cependant que je me promène sur la France, je continue d'être pestiféré et mes bouquins d'être interdits en Afrique du Nord ».

 Le lendemain de sa disparition, son ami l'écrivain Jean PREVOST alias commandant GODERVILLE dans le Vercors est abattu près de Sassenage par une patrouille allemande.

 Pierre DALLOZ leur ami écrit : « le destin nous a pris deux grands écrivains. Que n'eussent-ils pas donne dans leur seconde maturité, l’un comme l’autre. Le destin nous a pris deux amis des plus chers. Point de jours que nous ne ressentions au fond de notre cœur le vide qu'ils laissent ».

SAINT-EXUPERY, comme Jean PREVOST, est mort au service de la France, pour un idéal de Paix, de liberté et de tolérance. Voilà ce qu’il faut retenir.

 

 

René Peyre - Notre Voix - Mai 2004

lundi 28 décembre 2020

QUE SERA LE XXIe SIECLE ?

 

Il parait que le XXIe siècle commencera le 1er janvier 2001, comme le deuxième millénaire. Soit. Mais, le lendemain du 31 décembre 1999 on a changé de millénaire.

Des dizaines, parfois plusieurs centaines de milliers de personnes se sont réunies notamment sur les Champs Elysées et sur les places des grandes villes pour fêter l'événement.

A ceux qui préféraient réveillonner en famille, les chaînes de télévision ont offert plusieurs fois l'embrasement de la Tour Eiffel ainsi que les feux d'artifice de Londres, de Rome, de Moscou, de New-York…

En France, l'enthousiasme aurait sans doute été plus fort si de violentes tempêtes n'avaient dévasté plusieurs départements. Le bilan est très lourd : une centaine de victimes, de nombreuses toitures arrachées, des familles privées l'électricité et de chauffage ; plusieurs milliers d'arbres déracinés, en particulier dans la forêt vosgienne, dans la Creuse, dans la Venise verte près de Niort. Il faut ajouter à cela des dégâts provoqués par la nouvelle marée noire qui souille les côtes de Bretagne et les côtes de l'Atlantique et cause de graves préjudices aux pêcheurs et aux ostréiculteurs. En somme, le XXème siècle qu'Albert CAMUS appelait « le siècle de la peur » s'est achevé dans la joie pour une partie de la population et dans la tristesse pour les sinistrés. Nous n'avons pas été aspirés dans l'espace comme des fétus de paille, la planète est restée sur orbite mais la nature a brutalement rappelé à l'homme que la puissance qu'il possède est dérisoire comparée à la sienne. Dérisoire mais suffisante pour déclencher l'apocalypse.

Des savants et des experts militaires ont étudié il y a quelques années les effets terrifiants d'une guerre nucléaire, notamment le scénario de l'hiver nucléaire qui rendrait toute vie impossible sur notre planète.

 Albert CAMUS écrivait en novembre 1948 : « la guerre de demain laisserait l'humanité si mutilée, si appauvrie que l'idée même d'un ordre y deviendrait définitivement anachronique ».

 Cette réflexion est toujours d'actualité.

 Quand André MALRAUX dit ; « le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas » il pensait certainement que si l'agressivité de l'homme n'est pas tempérée par l'esprit, par le supplément d'âme, dont parlait BERGSON, l'espèce humaine risque de disparaître. Quand le Président de la République déclare que le XXIe siècle sera le siècle de l'éthique, il exprime le sentiment des personnes raisonnables qui voudraient protéger les vraies valeurs et vivre dans un monde de paix et de liberté.

 Mais, pour l'instant, les grandes puissances n'ont pas renoncé à l'usage de la force, elles fabriquent des armes de plus en plus meurtrières et entretiennent des foyers de guerre dans le monde entier. Le sang humain coule en Asie, au Moyen Orient, en Afrique, au Kosovo, en Tchétchénie.

 Les grandes puissances fournissent des armes aux chefs d'Etat africains et aux rebelles. Chaque année les grands couturiers organisent des défilés de mode et les fabricants d'armes exposent leurs blindes, leurs hélicoptères, leurs mitraillettes. C’est un commerce florissant.

En décembre 1948, l’ONU proclamait à Paris la Déclaration Universelle des droits de l'homme. Ces droits devraient être connus dans le monde entier et protégea Mais ils sont violés tous les jours sur tous les continents et à proximité de nos frontières.

 A tel point que la communauté internationale s'inspirant du tribunal de Nuremberg a constitué un nouveau tribunal pour juger les criminels de guerre recherchés sur le territoire de l'ancienne Yougoslavie.

 En novembre 1945, les Nations Unies affirmaient dans le préambule de l’acte constitutif de l’UNESCO : « les guerres prenant naissance dans l'esprit des hommes c'est dans l'esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix » L'idée était excellente.

 Mais la question se pose de savoir combien d'Etats ont décidé de désarmer à la fois le bras et l'esprit de leurs citoyens ?

Un effort pédagogique a-t-il été fait dans ce sens dans le monde ?

 Ce qui est plus grave, plusieurs Etats procèdent à l'endoctrinement de la jeunesse, encouragent le racisme et la xénophobie et n'hésitent pas à fournir des armes aux enfants dont on devrait assurer la protection morale et matérielle et l'éducation. La prostitution des enfants devrait être sévèrement réprimée et pourtant aux Philippines et sans doute dans d'autres pays, des européens, des asiatiques, dei américains peuvent acheter des enfants ou les rencontrer dans des maisons spécialisées. C'est scandaleux.

 Dans un autre domaine, dans celui de la science, on peut également discuter de la responsabilité des savants et des chercheurs dont les travaux ont des conséquences néfastes pour l'Humanité.

On peut se féliciter des succès obtenus dans la guérison de certaines maladies graves, des résultats encourageants dans la lutte contre le cancer, des progrès réalisa dans les greffes d'organes.

 Mais ne devrait-on pas redouter les applications du clonage, les manipulations génétiques et surtout condamner la poursuite des expériences tendant à accroître l'efficacité des armes nucléaires, chimiques et bactériologiques ?

Deux savants célèbres, EINSTEIN et OPPENHEIMER ont vivement protesté contre l'utilisation de l'énergie nucléaire à des fins militaires. Hélas, la première bombe atomique lâchée sur Hiroshima a fait 130 000 victimes. Aujourd'hui une seule bombe détruirait sans doute plusieurs départements. Quel progrès réjouissant !

Le savant Louis DE BROGLIE rappelait en 1947 que toutes les civilisations sont mortelles et il ajoutait : « La nôtre a peut-être encore devant elle une longue carrière mais elle aura tôt ou tard, une fin, ne serait-ce que le jour où la terre, détruite rendue inhabitable, n'offrira plus à la vie les conditions nécessaires à sa subsistance ».

 Cette réflexion de Jean DE BROGLIE, deux ans après l'explosion des bombes atomiques sur le Japon, souligne le danger considérable que constitue cette nouvelle inconnue pour l'humanité.

 Depuis 1945, l'humanité est menacée de destruction totale.

 Si l'équilibre de la terreur lui a accordé une trêve, elle n'a pas éliminé la menace.

 Comme PROMETHEE qui avait arraché le feu au ciel, l'homme est parvenu à ouvrir des secrets qui ont considérablement augmenté sa puissance et sa responsabilité. Le destin de l'humanité dépend d'un incident, d'un acte de folie, d’une erreur.

Autre danger pour l'humanité, la pollution. Si l'homme continue à polluer les rivières, les fleuves, la mer, l'atmosphère, la planète deviendra inhabitable, comme le craint Louis DE BROGLIE. Dans cette éventualité, l'humanité devra essayer de survivre dans un environnement hostile ou tenter de trouver refuge sur une autre planète.

Pour l'instant, l'homme ne parait pas capable de renouveler en d'autres lieux l’exploit d'ARMSTRONG marchant sur la lune. Mais, dans quelques années des surdoués ou des surhommes issus de manipulations génétiques inventeront sans doute des fusées surpuissantes propulsées par l'énergie nucléaire, ou l'énergie solaire par une force dont on ne connaît pas encore l'existence. A ce moment-là, plus performants que les pionniers de l'aéropostale, les pionniers de l'Avenir traceront des routes dans l'espace et le temps.

Mais, dans l'immédiat il serait nécessaire que l'ONU condamne officiellement la guerre, exige de tous les Etats membres l'arrêt de la course aux armements, la destruction des stocks d'armes et ne tolère qu'une armée internationale chargée de maintenir l'ordre dans le monde et d'assurer la sécurité des populations.

Si les états membres de l'ONU ne parviennent pas à se mettre d'accord sur ces points essentiels, les différends économiques, stratégiques, idéologiques, politiques qui entretiennent la tension internationale s'amplifieront et provoqueront une troisième guerre mondiale et la destruction de l'humanité. Aussi, j'ose espérer que le XXIe siècle sera le siècle de la raison.

 

 

René Peyre - Notre voix - MARS 2000

 

Post- scriptum : en octobre 2001, commentant les évènements du 11 Septembre, dans un article intitulé "L'horrible avertissement" relatif à ce qui était pour lui une nouvelle forme de guerre, il citera Camus "Le choc d'empires est déjà en passe de devenir secondaire par rapport au choc des civilisations". Il s'inquiètera de la libre circulation des terroristes en Europe.

Puis viendra 2015 

Marc Allobroge

jeudi 22 octobre 2020

La bataille du 8 Mai 1945

 

« Pour des motifs de construction européenne, Valéry Giscard d'Estaing décide le 9 mai 1975 tout bonnement de supprimer les commémorations du 8 Mai 1945. Invité à l'Elysée le jour de l'annonce, le président allemand, Walter Scheel, déclara : "C'est avec une profonde satisfaction que j'ai pris connaissance de votre décision ne plus célébrer à l'avenir l'anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale." 

Le président de la République se justifiera lors d'un échange avec des journalistes à l'Elysée quelques semaines plus tard : "J'ai été frappé de voir que beaucoup de commentaires portaient sur la guerre, portaient sur la victoire, sur l'écrasement des adversaires, c'est-à-dire précisément sur ces démons que nous avons le devoir de faire disparaître de l'Europe d'aujourd'hui." Il dénoncera également sa surprise de voir les trottoirs vides autour de la place de l'Etoile lorsqu'il accompagnait son prédécesseur Georges Pompidou aux cérémonies. Valéry Giscard d'Estaing préféra célébrer le 9 mai, fête de l'Europe. 

François Mitterrand rétablit le jour férié

L'arrivée de l'Elysée de François Mitterrand marque le retour des célébrations du 8 mai et de ce caractère férié. Le Président a préféré écouter les nombreuses associations d'anciens combattants qui s'insurgeaient, depuis 1975, contre la suppression des commémorations. 

En septembre 1981, l'Assemblée nationale adopte le retour du 8-Mai comme férié. A l'époque, le ministre des Anciens combattants qui portait cette loi, Jean Laurain, déclarait que "le 8 mai sera une fête internationale de la liberté et de la paix à laquelle participeront les anciens combattants, les associations de jeunesse et d'Education nationale." »

Source - LCI

 

L’UFAC dirigée alors par René Peyre mena ce combat en première ligne. Voici son témoignage dans « Notre voix » rédigé en Octobre 1981

 

 

LA DEUXIEME VICTOIRE DU 8 MAI

 

 

« Le 23 septembre dernier, l'Assemblée Nationale par 481 voix contre une, celle de M. COUVE DE MURVILLE, et deux abstentions, celles de MM. DEBRÉ et BARRE, adoptait la proposition de loi que le Sénat avait adoptée au mois d'octobre 1979, par 290 voix contre 0, tendant au rétablissement du jour férié du 8 Mai.

C'est une immense satisfaction pour nous tous, et un succès considérable porté par l'UFAC, les Unions Départementales de l'UFAC et les Associations membres de l'UFAC, dont la nôtre.

Dans un même élan de solidarité, nous avons protesté dès 1975 avec l'UFAC contre la décision surprenante et impopulaire prise par le Président GISCARD D’ESTAING de supprimer les cérémonies commémoratives du 8 Mai

De 1976 à 1979, l'UFAC, soutenue par les organisations précitées, s'est chargée de leur organisation à Paris et en province, prouvant ainsi l'attachement des Anciens Combattants et des Victimes de Guerre à la journée historique du 8 Mai 1945 et au culte du souvenir

L'UFAC, d'autre part, n'a cessé de réclamer pendant cette période le rétablissement des cérémonies officielles et du jour férié du 8 Mai.

Le journaliste Graf KAGENECK, qui m'avait interrogé sur le 8 Mai, publiait un long article dans le journal d'Allemagne Fédérale " Die Welt " du 5 avril 1980 sous le titre "GISCARD accepte le retour des 3 couleurs en mai, le mois de la Victoire ".

Cet article commençait ainsi

" René PEYRE est un chef d'armée sans uniforme, ni galons, ni bâton de maréchal. Il a si peu 1’ aspect militaire qu'on ne peut vraiment pas se l'imaginer en uniforme. Et malgré tout, il dirige une armée qui inspire la crainte et qui est forte de 2 millions d'hommes, l'UFAC. Elle vient de remporter en Europe une grande victoire. Lui et ses soldats inconnus de 40/45 ont réussi en un combat ardu qui a duré 5 ans à faire faire marche arrière au Président GISCARD D'ESTAING en l'obligeant à retirer son ordonnance de 1975 d'après laquelle le 8 Mai ne devait plus être considéré comme jour anniversaire de la victoire sur l'Allemagne nationale socialiste ".

On ne pouvait souligner plus clairement le rôle décisif joué par l'UFAC dans cette affaire.

Effectivement, le Président GISCARD D’ESTAING nous a donné, en partie, satisfaction en rétablissant à l'occasion du 35eme Anniversaire de la Victoire de 1945 les cérémonies officielles. (1)

S'il n'a pas voulu rétablir le jour férié du 8 Mai, il a cependant admis, pendant la campagne des présidentielles, avoir commis une erreur psychologique.

Quant à M. BARRE, il a confirmé par son vote négatif du 23 septembre dernier le peu d'intérêt qu'il accordait aux Anciens Combattants, à leurs droits et à leurs mérites.

En revanche le Ministre des Anciens Combattants a déclaré à la Tribune l'Assemblée Nationale que " dans les jours qui précéderont chaque année le 8 Mai les médias seront fortement sollicités pour expliquer à l'opinion publique et surtout la jeunesse, au moyen d'articles de presse, d'émissions de radio et de télévision, les raisons de cette fête ".

De plus, M. LAURAIN a réitéré son désir de donner à la célébration du 8 Mai une dimension internationale à Paris pour qu'elle devienne une fête annuelle de la liberté et de la paix.

Au reste, pour la première fois, on peut voir dans le projet de budget des Anciens Combattants pour 1982 une ligne consacrée à la commémoration du 8 Mai et la dépense correspondante de 3 300 000 nouveaux francs.

Nous apprécions, avec l'UFAC, l'attitude compréhensive du Président François MITTERRAND et l'initiative du Ministre des Anciens Combattants.

Nous savons que nos détracteurs seraient ravis, si, lors des cérémonies du 8 Mai 1982, la participation des Anciens Combattants était inférieure à celle des années précédentes.

Nous ne leur procurerons pas ce plaisir. Nous serons aussi nombreux que d'habitude, nous nous associerons aux personnalités, à la population, à la jeunesse pour donner aux cérémonies le plus d'éclat possible. Nous souhaitons que la jeunesse soit informée, qu'elle sache que la date du 8 Mai 1945, l'une des plus importantes de l'histoire de l'Humanité, marque simultanément l'arrêt des hostilités sur le continent européen, la chute du régime nazi, la fin des tourments pour les rescapés des camps de concentration, la libération des peuples opprimés y compris celle du peuple allemand.

Nous pensons avec Jean JAURES et Aristide BRIAND que la coopération franco-allemande est la pierre angulaire de l'édifice européen, d'une Europe que nous voulons indépendante et pacifique. C'est pourquoi, chaque année depuis 1964, nous organisons avec nos collègues Anciens Combattants d'Allemagne Fédérale des rencontres de jeunes, des colloques d'adultes et des jumelages.

Nous constatons avec plaisir que le Président François MITTERRAND poursuit le dialogue engagé successivement par le Général de GAULLE et le Président Robert SCHUMAN avec le Chancelier ADENAUER et le Président GISCARD D'ESTAING avec le Chancelier SCHMIT.

Mais nous entretenons, d'autre part, des relations amicales avec nos camarades de Belgique, de Bulgarie, d'Italie, du Luxembourg, de Pologne, d'U.R.S.S. et de Yougoslavie. Nous soutenons ensemble les activités des quatre organisations internationales, la C.E.A.C., la C.I.A.P.G., la F.I.R. et la F.M.A.C. pour concrétiser l'espoir de paix, de justice et de fraternité qu'avait fait naître la resplendissante journée du 8 Mai 1945. »


OCTOBRE 1981

 

Post-scriptum

Pour mon humble part, je pense que le rétablissement des cérémonies du 8 Mai 1945 ouvrit la voie à d’autres entreprises mémorielles, dont la plus frappante fut celle de la reconnaissance par Jacques Chirac de la responsabilité de l’Etat français dans la déportation vers l’Allemagne des juifs français.

Marc Allobroge

 


 

(1)   https://www.elysee.fr/valery-giscard-d-estaing/1981/05/07/lettre-de-m-valery-giscard-destaing-a-m-rene-peyre-president-de-lunion-francaise-des-associations-danciens-combattants-et-victimes-de-guerre-paris-palais-de-lelysee-jeudi-7-mai-1981